| Etienne Jeaurat (Paris, 1699-Versailles, 1789) ANNONCIATION Caen, église Notre-Dame-de-la-Gloriette CI. M. H. 30-04-1909 Huile sur toile, s. d. b. g. « P. IEAURAT P.j' 1743 » 2,70 x 1,40 m |
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| Elève de Nicolas Vleughels qu'il suivit en Italie en 1724, Etienne Jeaurat fut reçu à l'Académie comme peintre d'histoire en 1733. Régulièrement présent au Salon jusqu'en 1769, il gravit avec succès tous les échelons du cursus officiel, jusqu'à devenir chancelier de l'Académie en 178 1. Il fut également, à partir de 1767, Garde des tableaux du roi à Versailles. Bien qu'il se soit exercé à tous les genres picturaux, Jeaurat est surtout renommé pour ses scènes quotidiennes inspirées des artistes nordiques et particulièrement pour ses représentations, piquantes et réalistes, de la vie populaire des rues de Paris. On connaît moins ses compositions religieuses - plus conventionnelles il est vrai -, peintes principalement pour des églises parisiennes. Dans le Calvados, outre les tableaux de la Gloriette, on lui attribue une Assomption et un Saint Charles Borromée, réalisés pour les retables latéraux de l'église paroissiale de Sainte-Croix-Grand-Tonne. Ancienne chapelle du collège des jésuites, l'église de la Gloriette devint à la Révolution un muséum où le conseil général du département entreposa, à l'instar d'Alexandre Lenoir aux PetitsAugustins, des objets d'art provenant de plusieurs églises caennaises. Plusieurs des tableaux déposés entrèrent, dès le début du XIX" siècle, au musée de Caen nouvellement créé. L'édifice conserva cependant des vestiges majeurs du patrimoine caennais, dont au premier chef, dans le choeur, le baldaquin de l'Abbayeaux-Dames exécuté par Guillaume de la Tremblaye. La question se pose donc de savoir si les retables figurant dans les croisillons du transept font partie du mobilier récupéré à la Révolution ou s'ils ont été créés pour l'église des jésuites, ce qui semble être plutôt le cas.' Morceau d'architecture puissant et sobre, chacun de ces retables est construit sur un plan légèrement concave auquel répondent les angles adoucis de l'autel. Deux pilastres jumelés ioniques, cannelés et rudentés, encadrent le tableau cintré sommé d'une gloire ; au-dessus, l'entablement supporte quatre volutes en bois sculpté qui se réunissent sous un dais couronné d'une croix. La rigueur des lignes est regrettablement accentuée par l'épiderme décapé des retables', dont la polychromie d'origine devait répondre aux couleurs claires des tableaux, tableaux qui paraissent un peu douceâtres en regard de l'austérité des ensembles qu'ils complètent. Dans l'Annonciation, oeuvre qui a figuré au Salon de 1743 ', la Vierge médite sur la bible lorsque l'ange surgit. Agenouillée et les mains serrées sur la poitrine, elle accueille son message avec humilité, dans une attitude qui permet de rapprocher cette peinture d'une composition perdue de François Lemoyne, connue par une estampe de L. Cars, dont jeaurat s'est visiblement inspiré ici.' L'archange pointe l'index vers le ciel et, dépassant le cadre matériel de la toile, vers la gloire sculptée qui surmonte le tableau, dans laquelle apparaît la colombe du Saint-Esprit ; de la même façon, le trigramme IHS de l'autre retable semble appuyer le geste du Christ et confirmer son identité auprès de Madeleine. Nuées et draperies - tout aspect réaliste du décor est volontairement gommé, dans une scène somme toute plutôt convenue, témoignage d'une piété plus formelle que fervente. L'oeuvre fait cependant valoir les talents de coloriste de Jeaurat, notamment dans les nuances de blanc et de blond qu'il décline à travers les plumes, drapés et nuages dont s'enveloppe l'envoyé céleste. En pendant, l'Apparition du Christ à la Madeleine (jean, 20, 14-18). Reconnaissable à ses longs cheveux dénoués et au vase à parfums posé à terre, la sainte voit apparaître le Christ ressuscité, qu'elle prend pour le jardinier. Lorsque Jésus se fait reconnaître, elle tend la main pour le toucher ; il lui dit alors : « Ne me touche point, mais va vers mes disciples et dis-leur que je monte chez mon père ». Ces paroles sont appuyées par la main levée dans un grand geste oratoire et par l'esquisse d'un recul à peine suggéré par le bras qui retient la béche de jardinier. Dans cette oeuvre, le récit est réduit à sa simple expression : la composition est très resserrée autour des personnages qui se détachent sur un fond végétal et un ciel nuageux rapidement brossés. Mais la concentration des effets s'arrête là . l'attitude du Christ, au visage peu expressif, est plus rhétorique que convaincue, et la tension du Noli me tanqere peu sensible. En fait, comme dans le tableau précédent, l'artiste privilégie la fluidité des lignes et la grâce des personnages pour donner de ce sujet une version plus décorative que propice à la méditation. C. B. Remerciements à Svl,ie de Langlade dont le catalogue raisonné de l'oeuvre de Jeaurat devrait être prochainement diffusé via Internet.
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